Le.la lauréat.e sera prévenu.e dans les jours qui viennent. Félicitations à lui.elle ! J'aurais le plaisir de le.la retrouver lors de la remise du prix, le 4 juillet à Guérande.
lundi 25 mai 2026
Retour à Saint-Nazaire
vendredi 8 mars 2024
Le théâtre organique
lundi 18 octobre 2021
Liturgie des heures
A ne pas manquer si le spectacle passe près de chez vous : Ma Forêt fantôme, par la compagnie de l'Arcade. Texte Denis Lachaud, mise en scène Vincent Dussard.
Deux trajectoires de vie se croisent ici, deux combats, deux descentes, deux dégénérescences, l'une liée à la maladie d'Alzheimer, l'autre au VIH. Ces trajectoires sont prises en charge par les aimants, les aidants, dont on suit aussi, sur vingt ans, les trajectoires...
Sur le plateau, un carré, qui tient autant du ring que du salon - ou du carré de jardin : un périmètre-laboratoire où toutes ces trajectoires s'inscrivent magnifiquement - comme elles s'inscrivent graphiquement, en contre-jour, sur le cyclo tendu en fond de scène. Topographie des destinées.Au centre, une chaise surplombée d'un lustre monumental, épée de Damoclès comme ces maux qui vous tombent dessus sans crier gare. (Lumières, scénographie et costumes : Anthony Pastor et Rose-Marie Servenay)
Précision des déplacements chorégraphiés qui s'inscrivent dans l'espace scénique, précision des intentions entre jeu incarné et narration au public : à ce titre, les acteurs sont autant des personnages pris dans le tourbillon des maladies que des témoins, dans la droite ligne des spectacles vitéziens. Très belle distribution (Xavier Czapla, Sylvie Debrun, Guillaume Clausse, Patrick Larzille, Patrice Gallet) orchestrée par Vincent Dussard : il s'agit bien ici d'une liturgie pour célébrer les combattants et les fantômes.
La musique jouée en direct fait ressurgir, comme autant de madeleines de Proust, des airs des années 80 (Visage, Dépêche Mode, Bronski Beat...) et porte le spectacle résolument vers la vie, à l'image des fleurs qui parsèment le décor, à l'image aussi de la dernière image, saisissante, avant le noir final.
mercredi 11 avril 2018
Un spectacle à ne pas manquer
Avec ce petit bijou d'1h15 seulement, la compagnie L'Echappée nous prouve que le théâtre est plus intéressant, plus vrai et plus complexe, pour s'emparer d'un sujet d'actualité, que les médias. Que le tragique et le comique peuvent cohabiter grâce à la vivacité, faite de liberté et de rigueur, du jeu des acteurs. Que la vidéo est, effectivement, un outil qui a toute sa place sur une scène de théâtre. Que le théâtre est d'abord au service d'une fable, mais que celle-ci peut avancer masquée.
Un spectacle qui se construit à la manière d'un Rubik's Cube, de face, de profil, de dessus, sans qu'on sache jamais ce qui se passera la minute suivante, dans un tourbillon de combinaisons et de pistes d'histoires, mêlant subjectivité (celle des personnages et celle des médias) et objectivité (celle du plateau), jusqu'à un monologue final à vous couper le souffle. Du grand art.
Prochaines dates : Laon et Saint-Quentin (Aisne)
> en savoir plus
> article précédent
> article suivant
dimanche 23 avril 2017
La petite Marchande en Avignon
mardi 7 mars 2017
Festhea Picardie
Quatre troupes de théâtre amateur de la région Picardie ont présenté leurs créations (Le doux Parfum des Temps à venir de Lyonel Trouillot par la compagnie Atelier Acte 2, Push up de Roland Schimmelpfennig par la compagnie Théâtre Tiroir, Métallos et Dégraisseurs de Patrick Grégoire par la compagnie Théâtre à Coulisses, et Cassé de Rémi de Vos par la compagnie Vol de Nuit), les 4 et 5 mars à la maison de la pierre de Saint-Maximian.
Quatre pièces qui se confrontent, dans une langue exigeante, aux réalités du monde (notamment du monde du travail). Félicitations à toutes les quatre. En tant que jury, ce fut à la fois très difficile de les départager (la pièce lauréate, Métallos et Dégraisseurs, représentera la région au festival de théâtre Festhéa national, en octobre-novembre prochain à Saint-Cyr sur Loire), et passionnant de délibérer.
> article précédent
> article suivant
> Festhea
samedi 5 novembre 2016
Blogs critiques...
- Les lorgnons d'Obéron : https://leslorgnonsdoberon.wordpress.com
- Le Wanderer : http://wanderersite.com
- Mordue de théâtre : https://mordue-de-theatre.com
- Vu sur scène : http://www.vusurscene.com
> article précédent
> article suivant
mardi 1 novembre 2016
Un Verger à Munster
> article précédent
> article suivant
mercredi 12 octobre 2016
Magique Pinter
Deux histoires de couple qui cherchent à ajuster leur relation au regard de leur rapport au monde.
D'un existentialisme moderne, d'une subtilité acérée, les deux pièces se font écho, au sein même du grand écart qu'elles proposent entre comédie de moeurs et tragédie humaine. Du grand art, à tous points de vue.
C'est au Petit Théâtre Odyssée que ça se passe, 25 rue de la Gare à Levallois, jusqu'au 16 octobre. Réservez vite au 01 47 15 74 56
> article précédent
> article suivant
lundi 29 août 2016
Théâtre et réalité
Jean-Pierre Sarrazac, Jeux de rêves et autres détours
> article précédent
> article suivant
mardi 1 mars 2016
Séances de rattrapage
- Les Combattants de Thomas Cailley
- Le Dernier Roi d'Ecosse de Kevin Mc Donald
- Gare du Nord de Claire Simon
- Généalogies d'un Crime de Raul Ruiz
- Tous les Autres s'appellent Ali de Rainer-Werner Fassbinder
- La Femme de l'Aviateur d'Eric Rohmer
- Et toi, t'es sur qui ? de Lola Doillon
- Le Refuge de François Ozon
- Mon Trésor de Keren Yedaya
- Le Cheval venu de la Mer de Mike Newell
- Le Chignon d'Olga de Jérôme Bonnell
- Deux Jours à New York de Julie Delpy
- Le Garçon dans l'Arbre d'Arne Sucksdorff
- Etreintes brisées de Pedro Almodovar
- Juillet et La Route de Darezhan Omirbaiev
- Sils Maria d'Olivier Assayas
> article précédent
> article suivant
mercredi 4 novembre 2015
Carnets d'écriture
- Carnet d'écriture Côté ville / Côté campagne propose une approche originale de l'écriture, par le paysage - rural ou urbain ; pour adultes et grands ados.
- L'Atelier des Mots quant à lui accompagne chaque proposition d'écriture d'extraits de textes d'auteurs qui sont autant de "tuteurs" aux jeunes pousses de l'écriture ; pour enfants à partir de 8 ans.
Un petit dernier vient de sortir, L'atelier d'écritérature (sic !) que je n'ai pas eu encore le plaisir de découvrir. Il est davantage destiné aux ados (collège et lycée). Pour tout savoir sur cette attachante maison d'édition, la faire connaître autour de vous (notamment au sein des rectorats) et commander des livres (c'est bientôt Noël...) : http://www.carnetsdecriture.com
> article précédent
> article suivant
mardi 28 octobre 2014
"Et pourtant, ce silence...
À y bien regarder (ou plutôt à y bien écouter), c’est
sans doute vrai (même si c’est présent de manière différente pour chaque
auteur), cette histoire de densité du silence, dans tout texte qui a quelque chose à dire. On pourrait presque avancer
que l’imposture du discours est inversement proportionnelle à la qualité du
silence que celui-ci transporte avec lui. Artaud disait : « Le mot
n’est fait que pour arrêter la pensée ; il la cerne, mais la
termine ; il n’est en somme qu’un aboutissement (…). Le théâtre a perdu sa
véritable raison d’être… On en est venu à souhaiter un silence, où nous
pourrions écouter la vie » (Lettres sur le Langage).samedi 1 février 2014
Les sorties du mois à Paris
- Putain d'vie de Jehan Rictus, dans une mise en scène de Didier Perrier, compagnie L'Echappée, au Théâtre les Déchargeurs, Paris 1er, jusqu'au 8 février > infos
- Les Origines de la Vie, de Thomas Günzig, dans une mise en scène de Gilles Losseroy, avec Isabelle Mestre, au Théâtre Le Local, Paris 11ème, jusqu'au 9 février > infos
- La Maison de Bernarda Alba, de Federico Garcia Lorca dans une mise en scène de Carole Lorang, aux Bouffes du Nord > infos
- Les Noces, chorégraphie de la compagnie Etant Donné, musique de Stravinsky, dans le cadre du Festival Faits d'Hiver, à Micadanses, Paris 4ème, du 13 au 15 février > en savoir plus sur le festival
- ... et bien sûr, last but not least, Sweet Summer Sweat, dans une mise en scène de Claire Boyé et Lola Bret, compagnie Boss'Kapok, tous les vendredis et samedis à 19h30 à La Folie Théâtre, Paris 11ème > teaser vidéo
> article précédent
> article suivant
mardi 22 octobre 2013
En lisant (Juliet) en écrivant...
"Avant, la conscience était distance, regard froid. Elle rabougrissait la vie, en extirpait les racines. Maintenant tout est autre. Elle continue d'engranger, mais sans assécher, car elle est constamment éblouie, submergée. Je ne m'appartiens plus, ai perdu le contrôle de moi-même. Sentiment de n'avoir plus de centre. Happé. Emporté. Projeté dans l'immense.
Il est hors de doute que ceux qui nichent dans le moi pressentent, à certains moments privilégiés, les implications de l'état dont je parle ci-dessus, et je comprends qu'ils en soient effrayés.
Consentir à n'être rien, que cette flamme qui sera acheminée vers cela qu'on ne peut atteindre que par éclair, c'est ce seuil qu'il faut franchir. Une seule fois, accepter lucidement de disparaître, de n'avoir plus de moi, d'existence. Cette mort est le germe de la naissance. Mais pour qu'elle engendre le jaillissement, elle doit être de chaque seconde, car il lui faut continuer de réduire à néant ce moi mort résolument vivace.
Tout montre que hors ce combat pour gagner le rien, parvenir à cela en deçà, au-delà de quoi il n'est rien, rien n'a de sens"
> + d'infos et feuilletage du livre
> article de presse sur C. Juliet
> article précédent
> article suivant
mercredi 31 juillet 2013
L'appareil humain
Vision, y compris d'ailleurs au sens propre du terme, puisqu'entre le petit Yi Yi qui n'a de cesse de photographier la nuque des gens et les personnages de Magnolia dont le dénominateur commun est de graviter autour d'un jeu télévisé et de passer de part et d'autre du petit écran, c'est bien la question du regard qui est, dans ces deux films jumeaux, le point nodal. Films mosaïques qui s'inscrivent sur plusieurs générations, ils posent, chacun à sa façon, la question du destin individuel au sein d'une communauté. A la manière des figures à deviner dans le motif des kaléidoscopes, ils nous proposent de reconstituer une image qui fasse sens parmi les morceaux disparates d'un miroir éclaté.

Cette année, un film vient leur tenir compagnie, dans un registre tout à fait différent certes, mais travaillé par des questionnements analogues : il s'agit de La Grande Bellezza, de Paolo Sorrentino.
Tout le film suit le regard porté par son héros, Jep Gambardella, à la fois sur ses contemporains, sur sa propre histoire - et notamment sa jeunesse - et sur Rome - et les beautes qu'elle recele. De ce point de vue du héros-caméra, de ce certain regard, se détache peu à peu, de plus en plus précise au fur et à mesure que se déploie la spirale du film, une leçon de vie - on ne dira pas laquelle, mais il est évident qu'elle a à voir avec le roman qu'a publié Jep quelques décennies plus tôt, et qu'il avait intitulé L'Appareil humain - et avec la "grande beauté" évoquée par le titre.
Des films d'anthologie - puisque d'ontologie - aux images inoubliables, qui savent autant s'appuyer sur une direction d'acteurs impeccable que faire surgir le monde animal (grenouilles, girafe et flamants roses...), et donnent au cinéma ses lettres de noblesse : dire l'appareil humain dans sa confrontation au monde, aux autres et à lui-même, avec une caméra boîte-à-images.Trois films qui n'oublient pas pour autant que le cinéma, comme le disait Godard, se "voit" aussi par les oreilles : de la fameuse séquence de la Sonate au Clair de Lune de Yi Yi aux cantates d'Arvo Pärt de La Grande Bellezza, en passant par le poignant Save me de Magnolia, les musiques ont leur mot à dire.
A voir d'urgence (pour le Sorrentino... encore quelques séances à Paris), ou à revoir pour les deux autres. Les trois bandes-annonces sont proposées dans les liens ci-dessous :
> bande annonce La Grande Bellezza
> bande annonce Yi Yi
> bande annonce Magnolia
> article précédent
> article suivant
dimanche 18 novembre 2012
Trois f(r)ictions
Trois long-métrages sortis en 2011 et 2012 sont, sous des apparences de "petits films" (lire : films à petits budgets), des fictions sans nul doute importantes, en cela qu'elles sont à la fois témoins de leur époque, qu'elles portent un regard affûté sur le monde et la modernité, et qu'elles le font avec gravité et légèreté, rigueur et liberté. Ces films qui marchent avec autant de bonheur sur la ligne de crête de l'oxymore méritent d'être vus, s'ils passent encore en salle ou sur le petit écran, ou revus, pour peu qu'on puisse les trouver en DVD. Il s'agit de : Mammuth de Gustave Kervern et Benoît Delépine ; La Vierge, les Coptes et Moi de Namir Abdel Messeeh ; et In another Country de Hong Sang-Soo.Quelques points communs à ces films :
- une quête : le film est bâti autour de la recherche, par leur héros ou leur héroïne, d'un objet aussi primordial que dérisoire (un phare pour le personnage d'Isabelle Huppert dans In another Country, des témoins ayant vus une apparition de la Vierge pour le film de de Namir Abdel Messeeh et... des relevés de points retraite pour Serge, le personnage incarné par Gérard Depardieu dans Mammuth) ;
- des obstacles : ces quêtes respectives se heurtent à un certain nombre de difficultés, qui font le piment du film en nous donnant à visiter une galerie de personnages hauts en couleurs : les témoignages, en Egypte, ne concordent pas tous quant aux apparitions, les anciens employeurs de Serge sont morts ou de mauvaise volonté pour retrouver les fiches de paye, le personnage d'Isabelle Huppert se laisse dévier de sa quête par un maître nageur qui semble préférer lui faire visiter sa tente plutôt que le phare ;
- une distance : il y a toujours un lieu lointain qui intervient en adjuvant ou en opposant à la quête du personnage principal : dans le cas des films de Hong Sang-Soo et Namir Abdel Messeeh, il s'agit du réalisateur qui retarde son arrivée de Séoul pour le premier, du producteur parisien qui veut éviter les dépassements de budget pour le second. Les discussions téléphoniques sont autant de bâtons dans les roues, d'obstacles supplémentaires à la quête des héros. Dans Mammuth, la discussion téléphonique entre Serge et Cathy est assez minimaliste, et tendra carrément vers le zéro absolu quand Serge se fera dépouiller de son portable.- une étrangeté : le personnage est à la fois familier et étranger au monde dans lequel prend corps sa quête : si Isabelle Huppert est vraiment l'Etrangère (le titre du film sud-coréen semble mettre la priorité sur l'altérité des cultures ; les incompréhensions linguistiques sont l'un des ressorts dramatico-comiques du film), le cinéaste incarné dans son propre film par Namir Abdel Messeeh est à la fois d'ici et d'ailleurs. Quant à Mammuth, il tendrait à montrer que ce ne sont pas les protagonistes qui ont changé... mais le monde qui leur est devenu étrange (ou étranger).
- un décloisonnement : les clivages traditionnels du genre "long-métrage" s'estompent : entre documentaire et fiction, entre acteurs professionnels et acteurs amateurs, entre tresse narrative et "film à sketches", les réalisateurs ont eu à coeur de redistribuer les cartes, apportant une fraîcheur et une fantaisie bienvenues.
On pourrait s'amuser à trouver d'autres points communs : références au cinéma, présence du vedettariat, cinéma dans le cinéma, rôle de la famille, de la religion, cadrage et apparition... Il apparaît que ces multiples lignes de force permettent à ces trois fictions qui, toutes, se situent dans des pays où la Grande Histoire bat du tambour ("printemps arabe" pour La Vierge, les Coptes et Moi, partition des deux Corée et menace nord-coréenne pour In another Country, crise économique européenne pour Mammuth), d'apporter un autre regard, une musique neuve, qui mine de rien, par la marge, en disent aussi long (voire plus) que n'importe quel reportage sur le sujet, avec les armes oh combien subversives de la fantaisie, de l'humour, de l'absurde : autant de frictions dans une production cinématographique internationale de plus en plus formatée, lisse et convenue. On n'oubliera pas de sitôt ni la silhouette hallucinée de Gérard Depardieu en Belle des Champs pétaradante, ni Isabelle Huppert bêlant sur une digue du bout du monde pour tenter de communiquer avec un couple de chèvres, ni le regard désemparé de Namir Abdel Messeeh, en Emmanuel Mouret au pays de Chahine.
vendredi 9 décembre 2011
On n'en revient pas...
Bien sûr, le spectateur est libre de pensée et d'expression, bien sûr je reconnais la subjectivité inhérente à la réception d'un spectacle (des goûts et des couleurs...). Néanmoins, il ne me semble pas forcément inutile de relever l'inanité de cette expression : "Je (ne) suis pas rentré dedans..." concernant le spectacle vivant - expression qu'il serait bon qu'on n'entende plus dans les halls des théâtres à notre époque.
Sur la forme, d'abord : on ne dit pas "rentrer", on dit "entrer". Rentrer signifie en effet "entrer de nouveau". On devrait donc dire : "Je ne suis pas entré dedans". Si l'on veut pinailler, on pourra aussi remarquer la redondance du verbe et de l'adverbe : entrer dedans, c'est un peu comme "sortir dehors", "monter en haut" ou "descendre en bas". On préférera donc : "Je n'y suis pas entré".
Simple question de forme ? Certes. Mais cette phrase s'entend si souvent dans la bouche de gens de culture... Deux fautes de langage sur une phrase de (cinq) six mots, quand on se pique d'être un spectateur cultivé, éclairé, quand même, ça fait mal.
Désolé, ami spectateur, mais ils sont bel et bien finis, tes rêves d'intrusion, avec ce qu'ils recèlent de fantasmes de fusion, de désirs de pénétration scénique, de raptus exhibé - ça que tu exprimes maladroitement avec ton "Je (ne) suis pas rentré dedans...". C'est comme ça et il faudra t'y faire : aujourd'hui, on reste dehors. En face à face. Défense d'entrer. A la limite, l'extase (ek-stase, étymologiquement : se tenir hors), oui, si tu veux. Au mieux, la déroute... "Ce spectacle m'a dérouté" : ça, c'est bien. Etre perdu, ça s'est bien. Et aussi : "Je n'en reviens pas", c'est bien. Oui : plutôt que "rentrer dedans", voilà ce que devrait vivre un spectateur du vingt-et-unième siècle : ne pas en revenir, du spectacle auquel il vient d'assister.
En fait, on ne devrait jamais "en revenir", du théâtre. Et sans doute qu'un spectateur qui se plaint de "(ne) pas être rentré dedans", c'est juste un spectateur revenu de tout. Bonjour Tristesse...
> article précédent
> article suivant
jeudi 24 novembre 2011
Devenir le théâtre
C'est un travail tout à la fois étonnant, fascinant et déroutant que propose le collectif. Un objet théâtral non identifié, qui échappe (à l'instar du texte) à tous nos préconçus de catégories, formats, normes, cadres...
En opposition à la trajectoire du protagoniste (qui, dans sa chute inéluctable, semble "se vider de sa parole" dans un temps détaché du temps), le spectacle mis en scène avec intelligence et radicalité par Claire Frétel donne le sentiment au contraire d'une re-construction, d'une restauration ; on serait tenté de dire, pour utiliser une syntaxe de scènes de crime, d'une re-constitution : peu à peu en effet, strate après strate, image après image, son après son, parole après parole, geste après geste, la mise en scène donne vie au héros, qui se dessine de plus en plus nettement pour nous durant le temps de la représentation.
L'ironie est que le personnage nous est de plus en plus connu, de plus en plus familier, de plus en plus intime et proche au fur et à mesure qu'il approche lui-même de sa fin : car c'est bien au coeur même de son éloignement que nous l'approchons, c'est au coeur même de sa destruction qu'il se construit pour nous, c'est dans sa trajectoire de mort que prend corps pour nous sa trajectoire de vie : dans un espace-temps morcelé et pluriel, au coeur d'une trame narrative et d'une écriture profuse qui tiennent davantage d'une approche quantique du réel que d'une linéarité qui nous soit familière, avec l'imprévisible comme seule ligne de mire, peu à peu les pièces du puzzle s'emboîtent.
Il est notable que ce soit collectivement que se fasse cette construction à rebours : partage de la parole, écoute et circulation sans faille des comédiens (magnifiques Audrey Le Bihan, Claire Méchin et Laurent Muzy), conscience entre eux des corps, des voix, des respirations ; mais aussi, c'est perceptible, dans une collectivité plus large incluant les costumes (Sarah Dupont), les lumières (Mathieu Courtaillier), la musique et le son (Amnon Beham et Etienne Szechenyi), l'espace scénique modulable (Charlotte Billon). Parce que le héros doit sa destruction, sans doute, à la solitude dans laquelle il se découvre, il est juste que ce soit par le biais d'un protocole collectif que sa re-construction prenne corps.Il y a, dans l'approche très pensée et finement élaborée du collectif MONA autour de Devenir le ciel, un travail qui touche à l'essence même de l'acte théâtral : partant d'un texte multiforme, étoilé, presque impossible, ils l'ont fait advenir au théâtre (s'octroyant même le luxe de le placer au centre de leur processus de création), au même titre que le héros s'autorisant le ciel jusqu'à le devenir.
> venir à Charenton
> en savoir plus sur le spectacle
> article précédent
> article suivant
lundi 14 novembre 2011
La main chaude et la tête froide
Au cinéma, c'est L'Exercice de l'Etat, film de Pierre Schoeller magistralement écrit, filmé, maîtrisé et interprété, qui propose deux courtes séquences dans lesquelles on voit Bertrand Saint-Jean, le personnage interprété par Olivier Gourmet, tenter de garder la tête froide : dans l'espace domestique d'abord, un petit glaçon sur les traits du visage au réveil pour botoxo-tonifier tout ça, puis au bord d'une autoroute enneigée, la nuit, à l'aide d'une pleine poignée de neige pressée en pleine figure. Tout le film peut d'ailleurs être lu à partir de cette notion de "garder la tête froide" dans l'ouragan de rapides, de courants et de contre-courants, de maelstroms dans lequel Saint-Jean est plongé, Radeau de la Méduse politique à lui tout seul. Alors : coulera ? Coulera pas ? On ne révélera pas la fin du film.Pour ce qui est de la fin de Tout est normal mon coeur scintille, c'est plutôt à la double question : S'envolera ? S'envolera pas ? qu'on aurait envie de répondre. Et c'est à l'aide d'une plume de duvet que Jacques Gamblin nous proposera sa réponse d'homme de théâtre, nous lâchant la main pour prendre son envol.
Deux oeuvres qui fourmillent d'organes : le coeur, le cou, les vertèbres, les bras, la rotule - ah ! la rotule... -, l'anus chez Gamblin, une jambe chez Schoeller où c'est le corps dans tous ses états qui est mis à l'honneur, corps travaillé des demandeurs d'emploi cadrés de près, corps travaillé et travaillant de Saint-Jean aussi, d'autres corps enfin, dès la scène inaugurale du film, organique à l'extrême. Deux oeuvres à ne pas rater cet automne, à mon avis.
> article précédent
> article suivant




















