"Il y a
des moments, quand la tempête rabat les nuages dans la vallée, que la forêt
exsude sa vapeur et que la voix des rochers se réveille (un tonnerre lointain
qui s’approcherait avec des chants de louange pour la Terre, des chants d’une
joie déliée), quand les nuages accourent à la vitesse de chevaux sauvages, au
galop, au galop ; quand il se trouve un rayon de soleil pour fendre tout
ça comme une rapière, des sommets jusqu’aux vallées, et étinceler sur les
à-plats de neige, d'un blanc à vous rendre aveugle…

Alors ça
se déchire dans la poitrine, on se tient haletant, le corps suspendu vers
l’avant, la bouche et les yeux écarquillés, comme pour avaler l’orage, le
garder tout en soi, se coucher sur la Terre, tout dilaté et s’enfouir dans le Grand-Tout,
même si ça doit faire mal ; ou bien aussi poser tranquillement sa tête
contre la mousse, fermer les yeux à moitié, tout voir s’éloigner de soi, la
Terre se dérober comme une étoile filante et plonger dans un courant dessous
qui emporterait tout dans son flot écumant…"
(Extrait de Lenz, de Georg Büchner, traduction Olivier Loeffler et Laurent Contamin, in En pure Perte, de L. Contamin)
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